Résumé critique Simon 1999

De Démocratie.

William Simon critique la démocratie délibérative telle que proposée par Amy Gutmann et Dennis Thompson dans Democracy and Disagreement (Cambridge: Belknap Press of Harvard University Press, 1996). Cette orientation claire du texte limite quelque peu sa portée. Toutefois, certains points soulevés par l’auteur m’ont semblé pertinents quelle que soit la forme de démocratie délibérative envisagée, les voici.

Un des problèmes méritant réflexion est que, selon Simon, la démocratie délibérative, en se substituant aux jeux de pouvoir, ne permet pas la formation ou le renforcement des groupes. En effet, selon l’auteur, la cohésion et l’identification à un groupe se construisent dans la lutte : elles sont rendues nécessaires dans un contexte de confrontation. Cette confrontation peut d’ailleurs jouer un rôle cathartique, renforçant et unifiant le groupe par la dramatisation de l’expérience partagée.

Aussi, pour l’auteur, la démocratie délibérative peut entraîner des problèmes d’exclusion. Ainsi, les groupes aux positions inflexibles (ex. fondamentalistes religieux) s’opposent à toute tentative de consensus. Ils risquent donc de s’exclurent des processus délibératifs. D’autres groupes peuvent avoir un désavantage psychologique : ne pas se percevoir comme capables de débattre. Ensuite, dans certains cas, par exemple sur des enjeux de justices ethniques, la simple suggestion qu’il puisse y avoir débat peut être perçue comme offensante (les auteurs se placent dans le contexte américain, où la question raciale porte un lourd historique). Certaines questions ne sont peut-être pas ouvertes au débat.

L’auteur en a aussi contre la surévaluation du consensus. Ainsi, Gutmann et Thompson auraient tort lorsqu’ils identifient le désaccord moral comme le principal problème en démocratie. Pour Simon, le problème premier est celui de la démobilisation. Le but n’est donc pas d’atteindre un consensus, mais de faire participer. Une participation qui ne doit pas se limiter à la délibération dans une visée de consensus, mais qui doit aussi inclure le conflit.

D’autre part, selon Simon, la mauvaise foi risque de miner certaines délibérations. En effet, il n’est pas toujours stratégique de délibérer, ou du moins de le faire de bonne foi. Les débats risquent donc d’être souvent démagogiques ou à sens unique. Certains conflits réels ne seront pas soulevés, d’autres, à peu près inexistants, seront amplifiés.

Enfin, selon Simon, les groupes de bonne foi, mais avec des positions extrêmes, risquent de subir de très grandes pressions, les amenant peut-être à changer ce qu’ils disent sans vraiment changer ce qu’ils pensent.

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