Résumé critique Miller 2001
Steve Miller rend compte de l’évolution du champ de la compréhension populaire des sciences (Public understanding of science) au Royaume-Uni : du rapport Bodmer (1985), de la Royal Society, au rapport « Science and Society » (2000), de la House of Lords. Que l’on soit d’accord ou non avec les prises de position de l’auteur, cette présentation historique permet de mieux apprécier et de mettre en relation les différents courants de pensée dans les rapports science société.
Selon Miller, l’attitude du public anglais envers les sciences a fluctué depuis la Seconde Guerre mondiale : oscillant entre adulation et hostilité pour se stabiliser dans l’ambivalence. En réponse à ces variations, les scientifiques se seraient dans un premier temps retirés de l’espace public. Cette absence risquait à terme de faire diminuer le financement accordé à la recherche scientifique. C’est pourquoi le rapport de 1985 commandait aux scientifiques de communiquer avec le public. L’idée dominante était alors de promouvoir les sciences : plus les gens connaîtraient la science, plus ils l’apprécieraient. Divers efforts ont été déployés dans ce sens, mais ceux-ci ont entraîné peu de résultats, notamment en ce qui a trait à la connaissance des sciences par le public.
Le modèle déficitaire – positionnant le public comme ignorant et la science comme suffisante – a alors été montré du doigt. Ce modèle adoptait une communication unidirectionnelle de type « top-down » contrôlée par les scientifiques. Une posture plus critique s’est développée, s’appuyant notamment sur la sociologie et l’histoire, avec des auteurs comme Brian Wynne, Alan Irwin, H. M. Collins, Trevor Pinch et Bruno Latour. Ces derniers ont mis en évidence les facteurs sociaux présents tant dans l’interprétation des connaissances que dans leur fabrication. Cette posture critique a donnée naissance à l’approche contextuelle favorisant le dialogue. Les conférences de consensus et les boutiques de sciences s’inscrivent dans ce courant. Cette approche contextuelle a été adoptée en large partie par la House of the Lords dans le document de 2000 « Science and Society », qui en appelle au dialogue, à la discussion et au débat.
Miller émet quelques mises en garde : selon lui, il ne faut pas nier que les scientifiques ont, dans leur domaine, plus de connaissances que le public profane. Ainsi, nombre de communications scientifiques consisteront encore en des processus de transmission de connaissances. Former les scientifiques en ce sens demeure selon lui essentiel.
Miller soulève aussi la question de la transmission des connaissances en fonction de leur utilité. De plus, il soulève l’enjeu de la communication des sciences en train de se faire : incluant les aspects sociaux liés à sa production et à sa validation. Selon lui, ces incertitudes et ces controverses doivent aussi faire partie de la communication des sciences.
Enfin, l’auteur rappelle qu’avant l’avènement des revues avec révision par les pairs, les faits et les théories scientifiques étaient discutés en public.