Résumé critique La contre-démocratie

De Démocratie.

Rosanvallon, Pierre. 2006. La contre-démocratie : la politique à l'âge de la défiance. Paris : Seuil.


Dans la contre-démocratie, la politique à l’âge de la défiance, Pierre Rosanvallon met en lumière une forme de participation politique qui, tout en se construisant en opposition à la démocratie représentative, fait système avec elle jusqu’à la conforter. « Elle vise à en prolonger et à en étendre les effets ; elle en constitue le contrefort» (2006 : 15).

Par l’étude des trois formes de contre-démocratie qu’il identifie, «les pouvoirs de surveillance, les formes d’empêchement, les mises à l’épreuve d’un jugement » (2006 : 14), Rosanvallon affirme que les acteurs de la contre-démocratie posent la question de l’impolitique, « c’est à dire du défaut d’appréhension globale des problèmes liés à l’organisation d’un monde commun » (2006 : 27-28) et qu’ils « dessinent ainsi une sorte de contre politique fondée sur le contrôle, l’opposition, le rabaissement de pouvoirs que l’on ne cherche plus prioritairement à conquérir» (2006 : 28). L’auteur dresse ainsi le constat d’une société de défiance. Les différents modes de la contre-démocratie étant alors « destinés à compenser l’érosion de la confiance par une organisation de la défiance ». (2006 : 11)

Avec son regard d’historien, Rosanvallon dresse, dans les trois premières parties de son ouvrage, un inventaire descriptif et critique des différentes manifestations des trois formes de contre-démocratie à travers l’histoire. Il entend ainsi procéder à une « réhabilitation de l’exercice de la défiance, parce qu’il est profondément libéral et démocratique à la fois ». Ce large travail est aussi l’occasion de prendre conscience des possibles dérives et excès des différentes formes d’exercice de la contre-démocratie.

La quatrième et dernière partie, intitulée « la démocratie impolitique », propose une synthèse intéressante des différents défis et enjeux contemporains posés par l’essor de la contre-démocratie. Il évoque notamment dans le premier chapitre intitulé « sentiment d’impuissance et figures de la dépolitisation » (2006 : 257), l’affaiblissement des gouvernants, lié au « déclin d’une appréhension globale de l’action publique » (2006 : 258) et le dogme de la transparence « qui s’accompagne d’une sorte d’abandon des objectifs proprement politiques au profit de la valorisation de qualités physiques et morales » (2006 : 262 ). Il faut noter que l’auteur considère le populisme comme le résultat d’une radicalisation des formes politiques décrites : « une contre-démocratie absolue ».

Pierre Rosanvallon défend en conclusion un « régime mixte des modernes » (2006 : 318) qui articule les trois dimensions complémentaires de la démocratie : le gouvernement représentatif, la contre-démocratie et le travail du politique. Cette interaction est pour Rosenvallon le moyen de construire du sens et un monde commun. Les solutions évoquées restent ainsi relativement imprécises et incantatoires, ce qui est compréhensible au regard de la complexité des enjeux.


Deux recensions plus complètes de cet ouvrage sont disponibles :

Par Benoit Décary-Secours, Université du Québec à Montréal.

Par Hervé Pourtois, Université Catholique de Louvain.

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