Résumé critique Irwin 2001

De Démocratie.

Un article dont le contexte commence à dater, mais qui a le mérite de soulever clairement et à l’aide d’un exemple concret plusieurs écueils potentiels des exercices de participation en science notamment : la maîtrise de l’agenda par les décideurs, la perpétuation du modèle déficitaire, la durée insuffisante pour une réflexion approfondie, le risque d’aller vers un exercice de relation publique. Le chercheur réfléchit aussi à la pertinence de rechercher la représentativité statistique chez les participants et d’employer des mesures quantitatives.

La crise de la vache folle a entrainé au début des années 1990 de vives critiques quant à la gouvernance scientifique en Grande-Bretagne. Depuis, un changement de mentalité semble commencer à s’opérer. Ainsi, en 1997, le conseiller principal du gouvernement mettait l’accent sur la nécessité d’ouvrir la gouvernance scientifique à la consultation publique pour améliorer la qualité et la crédibilité des avis. Une position confirmée en 2000 dans le rapport « Science and Society » de la House of Lords qui en appelait à une plus grande transparence et à plus d’ouverture, reconnaissait l’existence d’incertitudes scientifiques et légitimait les valeurs et les préoccupations du public. Selon cette institution, l’engagement direct du public dans la mise en forme des politiques publiques en science devait ainsi devenir la norme. (Cette avenue a depuis continué à se développer en Grande-Bretagne, voir par exemple : Wildson, James and Rebecca Willis. 2004. See-Through Science : Why public engagement needs to move upstream. London: Demos, 69 p.)

Le problème, selon Irwin, c’est que ce changement ne se traduit pas dans la pratique. Peu d’expériences l’ont réellement mis en pratique, aussi, les pressions économiques poussent pour le développement rapide et sans contraintes des innovations scientifiques et techniques. Et dans les exercices existants, quelle place est vraiment donnée aux savoirs citoyens? Qui décide de ce qui doit être débattu? Comment sont balancées l’information et la consultation du public? Qu’est-ce qui se passe quand l’opinion publique va à l’encontre des volontés gouvernementales? Et si l’opinion publique est elle-même divisée? Enfin, quelle vision des sciences est véhiculée dans ces exercices? Et de quelle façon la citoyenneté scientifique y est-elle construite?

Pour répondre à ces questions, l’auteur a étudié la UK’s Public Consultation on Developments in the Biosciences (PCDB), une consultation publique tenue en Grande-Bretagne entre 1997 et 1999 (incluant la préparation, beaucoup plus longue que la partie publique de l’événement), qui devait influencer les politiques en biosciences (xenotransplantations, clonage humain et animal, aliments génétiquement modifiés, tests génétiques). La consultation a été annoncée par le ministre de la Science et supervisé par l’UK office of Science and Technology.

Dans cet exercice, Irwin a observé que le cadrage du débat avait fait l’objet de négociations institutionnelles (notamment sur des questions de juridiction) excluant le public (notamment l’usage du terme ambiguë de « bioscience »). Aussi, certains décideurs, dont le ministre de la Science, voyaient l’exercice d’abord comme une façon de convaincre le public des bienfaits de la « bioscience » adoptant ainsi le « modèle déficitaire », où le public ignorant et méfiant doit être instruit et convaincu. Devant les protestations de certains membres du comité d’organisation, le ministre a soutenu que les « faits » scientifiques ne pouvaient pas être débattus, réfutant les travaux de sociologie des sciences sur cette question. Le cadrage de l’événement s’est également orienté sur les questions de régulation et de contrôle. De plus, le temps imparti à la discussion était très court, ne permettant pas, aux yeux de plusieurs, une réflexion approfondie.

D’autre part, une large part de l’exercice a en fait consisté à sonder le public sur ses connaissances et attitudes par rapport à la « bioscience ». Ainsi, même si les approches qualitatives étaient plus fécondes selon le comité d’organisation, les mesures quantitatives ont été largement employées parce qu’elles semblaient mieux acceptées par les décideurs. De même, les questions débattues étaient catégorisées et cadrées selon les approches scientifiques défavorisant les questionnements plus larges sur la qualité de vie ou le bien-être, par exemple. Le cadrage sur les questions de gestion du risque empêchait aussi la discussion sur le bien-fondé du développement de ces technologies (en assumant un certain développement).

Du côté positif, les participants ont aimé la phase qualitative de l’expérience et s’y sont engagés avec beaucoup de sérieux. Cette phase a d’ailleurs donné lieu à des discussions vives et approfondies.

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