Résumé critique Fourez 2002
Dans ce livre très accessible Gérard Fourez présente la perspective socio-constructiviste des sciences et propose des pistes pour « rendre leur pratique plus responsable et plus humaine ». Il s’agit d’un excellent tour d’horizon de la question.
Le socio-constructiviste présente les sciences comme faites pour et par les humains : en d’autres mots, il s’agit de constructions historiques. Il réfute en ce sens la vision traditionnelle de la méthode scientifique, soit : 1) l’observation fidèle à la réalité, 2) la formulation d’hypothèses, 3) la vérification expérimentale, 4) l’obtention de preuves, 5) la construction de théories. Par exemple, selon la posture socio-constructiviste, l’observation n’est jamais passive et les faits impliquent toujours une part d’interprétation. Ainsi, pour observer quelque chose, il faut à tout le moins porter notre attention sur cette chose. De même, pour décrire quelque chose, on fait toujours appel à des représentations théoriques (le langage). Un « fait » est donc une interprétation du monde extrêmement standardisée (non contestée). En somme, si la méthode scientifique tend à limiter la subjectivité individuelle, elle s’inscrit totalement dans la subjectivité collective.
Le modèle scientifique devient ainsi une représentation du monde que l’on trouve pratique (efficace dans les circonstances qui nous intéressent; selon nos projets). En ce sens, on ne rejette pas un modèle parce qu’il échoue un test (modèle de Popper), mais parce qu’il ne satisfait plus nos besoins.
L’idée n’est toutefois pas de dénigrer les sciences, mais de les démythifier : de mettre en lumière leur caractère construit et historique et les intérêts qui ont présidé à leur construction, ainsi que leur utilisation pour légitimer des discours idéologiques.
Suite à cette critique de la représentation traditionnelle des sciences. Fourez rappelle que les sciences peuvent aussi servir à critiquer les idéologies et à insérer une certaine rationalité dans les débats. Il présente aussi des pistes pour lutter contre la technocratie, notamment : l’enseignement historique des sciences, la présentation des théories scientifiques comme des technologies intellectuelles, l’adoption d’un modèle politique basé sur la négociation en réalisant que les choix technologiques sont aussi des choix d’organisation sociale.