Résumé critique Braun and Schultz 2010
Kathrin Braun et Susanne Schultz proposent une très intéressante analyse de la construction des publics dans le cadre des exercices de participations citoyennes en science. Elles ont étudié à cet effet les exercices organisés par les gouvernements allemand et anglais sur la question des tests génétiques. Selon elles, quatre constructions du public émergent : le grand public (general public), le public pur (pure public), le public touché (affected public) et le public partisan (partisan public) – voir ci-dessous la description de ces quatre publics. Selon leurs besoins, les gouvernements peuvent favoriser ou exclure certaines constructions et donc certains résultats et certains types de prises de parole. Les constructions défavorisant la mise en place de débats et la prise de décision seraient généralement préférées.
Constitué d’individus anonymes, le grand public est principalement construit autour du sondage d’opinion. L’objectif de cette construction pour le gouvernement et les organismes consultatifs est d’obtenir des données sur les attitudes, les compréhensions et les visions du public. Ce portrait de l’opinion est utilisé comme un élément parmi d’autres dans le processus décisionnel.
La construction de public pur est employée dans les jurys citoyens, les conférences citoyennes et les conférences de jeunes. Le public pur est constitué d’un petit nombre de personnes soigneusement choisies pour représenter statistiquement la population « naïve ». En effet, les participants ne peuvent pas avoir une connaissance approfondie ou un intérêt particulier pour le sujet traité dans l’exercice. En d’autres mots, les personnes avec une forte opinion ou un engagement par rapport au sujet traité sont soigneusement exclues : elles ne seraient pas représentatives du public en général. Les personnes sélectionnées auront l’occasion d’interagir entre-elles et avec des experts du domaine à l’étude. Pour le gouvernement et les organismes consultatifs, le public pur sert à tester la possibilité d’éduquer les citoyens « naïfs » (ou profanes) sur un sujet pour les rendre « matures » (ou informés). Le format utilisé dans ces formes d’exercices participatifs ne favorise pas l’émergence d’un débat ou de visions conflictuelles.
Le public touché est constitué des personnes directement ou indirectement affectées par un sujet. Dans le cas des tests génétiques, il s’agissait des personnes ou des familles des personnes souffrant (ou étant porteuses) d’une maladie génétique. Cette construction du public est mise en place dans le cadre des comités consultatifs. Sont normalement exclues du public touché toutes les personnes qui s’impliquent dans des organisations liées au sujet (ex. associations de malades). Les membres du public touché sont perçus comme présentant une expertise complémentaire à celle des experts traditionnels. Le public touché remplit donc un rôle d’éducation auprès des experts.
Enfin, le public partisan est composé des groupes d’intérêts et parties prenantes d’une question (ONG, groupes d’activistes, groupes d’intérêts, partis politiques…). Le public partisan est perçu péjorativement : il est vu comme un regroupement non représentatif et sans légitimité démocratique de « faiseurs de trouble » avec de fortes opinions. Les commentaires du public partisan sont recueillis pour faire le portrait des positions et arguments présents dans la société. Ils sont souvent écartés sous prétexte qu’ils ne sont pas représentatifs.