Résumé Rebillard
L’objectif de Franck Rebillard dans ce texte est de tempérer les affirmations hâtives sur les usages du web 2.0 par les citoyens.
Rebillard débute son article par une illustration de l’empressement des médias et des instituts d’étude de l’audience à voir une transformation massive de l’usage de l’internet par des individus devenant acteurs de l’internet et non plus simplement utilisateurs. Empressement que l’auteur pense « largement imprégné de déterminisme technique» (2007 : 37), ce qui nous permet de mettre ce texte en perspective avec le commentaire critique des travaux de McLuhan par Carey. Les résultats de l’étude Médiamétrie, valorisée par le journal le Monde, vont ainsi être tempérés par l’auteur tant dans leur ampleur que dans leurs implications. Au delà de la difficulté à catégoriser les pratiques permettant de considérer l’internaute comme un acteur plus qu’un usager, une question majeure soulevée par Rebillard est le postulat « d’un rapport à la culture et à l’information qui se serait précédemment exercé sous la forme d’une consommation totalement passive » (2007 : 39-40). L’auteur rappelle alors les théories centrales de la communication, notamment celle du cadrage, pour montrer que ce postulat n’est pas valide. L’action de l’individu est nécessaire dans la consultation de tout média comme nous l’avons étudié dans les textes sur le courant interprétatif des théories de l’action réflexive et comme les exemples donnés par l’auteur sur l’action d’un individu tournant les pages d’un livre, changeant de chaine de télévision, etc., en témoignent. Rebillard estime que les journalistes et chercheurs surestiment l’ampleur des nouveaux usages de l’internet en raison du groupe social ou ils évoluent. Les journalistes ayant de grandes capacités de création de contenu, les chercheurs évoluant dans un milieu d’innovations. C’est ainsi la question la question de la discrimination sociale face à la création de contenus qui est mise en lumière. Seule un faible nombre de français créent des contenus sur internet et il est selon l’auteur « faux d’affirmer — et malheureusement vain d’espérer — que tous les individus peuvent créer des contenus sur l’internet. » (2007 : 52) Les questions de compétences sociales et de ressources matérielles se posant alors — comme nous l’avons vu dans le texte de Valenduc — mais aussi de la motivation. Rebillard ne nie pas donc pas les tendances observées, mais il tient à tempérer les utopies qui peuvent s’exprimer face au changement technologique et indique « nous n’avançons pas avec certitude, nous appelons au contraire à poursuivre l’observation ».
La lecture de ce texte m’a évoqué la lecture récente d’un article du site d’information rue 89, où Francis, Sans Domicile Fixe à Paris intervenant régulièrement avec une journaliste sur le site via un blog dédié, déclarait « Moi, j'ai un téléphone et même un ordinateur portable. Croyez bien que ça m'empêche pas de survivre à la rue depuis un bail » (1) . Ce témoignage illustre malgré tout la possibilité pour les personnes les plus défavorisées de ne pas se marginaliser d’avantage d’un point de vue technique. Même si je suis conscient qu’il s’agit peut-être d’une exception. Cet article illustre également le penchant des journalistes à rapporter ce qu’ils ont envie de voir. Lorsque j’étais vice-président d’un syndicat étudiant en France, les médias audiovisuels publics et privés avaient pour habitude de demander à ce qu’on leur trouve pour le jour même des étudiants dans des situations variées pour illustrer un sujet d’actualité par un reportage. Étant donné les délais de réalisation, ces reportages étaient montés de toute pièce, les étudiants précaires, salariés, en galère de logement, prostitués, etc. étaient souvent joués par des militants du syndicat sans que cela ne gène les journalistes plus attirés par la bonne image que par la vérité.
(1) Cité par Champagne Aurélie. 2010. « Jours de RSA, nuits de tous les dangers pour les SDF ». Rue 89. En ligne : http://www.rue89.com/francis-a-paris/2010/11/03/jours-de-rsa-nuits-de-tous-les-dangers-pour-les-sdf-174270